Mot du Président

nigelLa journée du 16 janvier marque une date historique dans la mise en œuvre des accords signés entre l’Iran et la communauté internationale, initiant le début d’une nouvelle phase de relations. À l’occasion de la visite récente du président Rouhani en Italie et en France, accompagné d’une importante délégation de Ministres et d’hommes d’affaires iraniens, des protocoles d’accord pour des dizaines de milliards d’Euros ont été signés ouvrant la voie à la signature de contrats majeurs dans des domaines couvrant aussi bien des infrastructures que l’industrie (automobile, aéronautique, ferroviaire…)

Cependant l’Iran n’est pas un el Dorado, un mythe que les Espagnols n’ont d’ailleurs jamais trouvé ! L’Iran est le dernier grand marché émergent ne faisant pas partie de l’OMC… ce n’est pas un territoire vierge comme pourrait en témoigner les nombreux grands groupes industriels qui y sont restés jusqu’en 2010, mais bien un pays complexe, avec ses modes de pensée et d’action, doté d’une société très urbaine et qui en dépit de son isolement vis-à-vis de l’occident depuis près de 37 ans a su développer une économie résiliente avec une base industrielle solide, significativement plus forte que celles des Pays de l’Est se libérant de la tutelle soviétique après la désintégration de l’URSS au cours des années 1990 pour ensuite intégrer l’Union Européenne. Ces atouts sont contrebalancés par des faiblesses structurelles à l’image de la bureaucratie rampante et du modèle bancaire, pour ne citer que les plus préjudiciables… sans compter les six dernières années d’intenses sanctions qui ont épuisé la population et le tissu industriel.

L’Iran a incontestablement surpris la communauté internationale en remplissant dès le mois de janvier plutôt qu’à la fin mars ou avril, comme initialement prévu par les observateurs, les obligations du JCPOA (Plan d’action signé entre l’Iran et les pays 5+1). Le fonctionnement de l’OFAC (Agence du trésor américain de contrôle des actifs étrangers) continue d’inquiéter de nombreuses sociétés commerciales européennes souhaitant développer leurs relations économiques en Iran, qui attendent la publication de lignes directrices conformément aux engagements pris vis-à-vis des gouvernements occidentaux partenaires de l’accord 5+1.

Dans ce nouveau contexte, on distinguera deux phases distinctes pour la relance et la croissance de l’économie. Dans la première, une période ouverte de deux à quatre ans au cours de laquelle l’Iran reviendra à son niveau d’échanges commerciaux avec l’Europe d’avant la période de la présidence Ahmadinejad, soit pour la France un retour à des échanges proches de 4 M€ par an, contre près de seulement 400 millions actuellement. Pendant cette période initiale, les services bancaires occidentaux risquent d’être limités à des banques régionales ou à des organismes financiers spécialistes de l’Iran. Les grandes banques internationales, ayant des activités aux États-Unis, ne s’engageront qu’avec l’assurance à venir de l’OFAC d’absence de poursuites « extraterritoriales ».

Comme évoqué, il faudra du temps pour venir à bout de la corruption et de la bureaucratie endémique qui ont proliféré sous les mandats d’Ahmadinejad et contre lesquelles le président Rouhani est parti en croisade, tout comme pour le refinancement et la meilleure gouvernance du système bancaire. En outre, malgré un impressionnant chiffre de près de 4 millions d’étudiants

universitaires et du plus grand nombre de jeunes femmes ingénieurs diplômées dans le monde, l’Iran souffre d’un manque flagrant de cours de formation professionnelle adaptés aux exigences pratiques des entreprises, de l’industrie et du monde des affaires. Une fois résolus ces problèmes, l’Iran pourra rentrer dans une deuxième phase pour intégrer de plain-pied l’économie internationale, mettant ainsi en valeur ses nombreux atouts à travers ses ressources naturelles, sa population dynamique et sa situation géographique stratégique entre le Moyen-Orient et l’Asie Centrale pour devenir une puissance économique et politique régionale de tout premier plan.

On retiendra finalement qu’à brève échéance, seulement environ 40 milliards de dollars seront disponibles sur les 120 milliards de fonds iraniens bloqués dans le monde. Au cours des six dernières années, l’économie iranienne a démontré sa résilience (comme elle l’a fait durant les années quatre- vingt lors de la guerre contre l’Irak) en augmentant ses exportations non pétrolières qui atteignent près de 45% du montant total de ses exportations. Toutefois, à court terme, le pays a un besoin crucial d’investissements et devra accomplir des efforts vigoureux pour reconquérir les marchés pétroliers perdus essentiellement au profit de l’Arabie Saoudite et ceci malgré le bas prix actuel du brut. En parallèle, des investissements prioritaires seront effectués dans les secteurs pétrolier et gazier afin d’accroître la production et le niveau des exportations. N’oublions pas que la capacité actuelle de production pétrolière est d’environ 50% de celle d’avant la révolution islamique, qui étaient de 7Mb/j. Cette chute est en grande partie due à une manque d’investissements dans le secteur pétrolier où les technologies américaines sont prédominantes.

Nigel COULTHARD

Mars 2016